LA
DECISION La
relecture introduit à la décision. Nous
ne prenons pas de décision sans avoir revu un passé soit immédiat, soit plus éloigné.
Ce temps passé est porteur de leçons à tirer de l'expérience ou des expériences.
Il n'est pas sans influencer la décision qui sera prise. Mais ce passé ne peut
jouer son influence que si nous prenons du temps pour le relire et si nous prenons
un certain recul par rapport à lui. Relecture et décision sont étroitement liées
à condition que nous les relions nous-mêmes. Notre
vie est une suite de décisions ou de non-décisions. Comme ne pas décider
est encore une décision, on peut simplifier : notre vie est une suite de décisions.
La décision est donc une discipline de synthèse de la gestion de sa vie. La vie,
le temps et la décision constituent trois formes d'une même substance. La re-lecture
en est la trame. Qu'est-ce
que décider ? Décider c'est : - choisir parmi plusieurs actes possibles - l'acte
le plus pertinent devant conduire au résultat voulu - dans un délai jugé à la
fois souhaitable et possible - en utilisant au mieux les informations et les expertises
possibles. Partant de là, nous distinguons quatre temps dans une décision
: - l'alerte : de l'environnement, des signaux
de changement me parviennent. Les choses ne se passent plus comme elles avaient
coutume de le faire. Ces changements dans l'environnement m'amènent à envisager
des changements de comportement. Si le monde est devenu différent, il ne faut
plus le traiter comme il était. L'alerte n'agit pas seulement comme un signal
de danger mais aussi comme un signal d'opportunité. - l'instruction
: une fois l'alerte donnée, il convient, avant de décider, de rassembler l'information
disponible sur le sujet. Cette information se trouve, assez souvent, dans des
expériences antérieures plus ou moins comparables, d'où l'importance de la relecture.
- l'acte : il s'agit de la décision elle-même,
de l'engagement dans une voie plutôt qu'une autre. Cet acte est au confluent de
deux " espaces " : la possibilité et la volonté. Ma décision doit se situer dans
l'espace de ce que je peux décider et faire. Il est clair également que ma décision
se situe aussi dans l'espace de ce que je veux. Ce que je décide, d'une certaine
façon, je le veux davantage que ce que je ne décide pas. Il ne faut pas entendre
la volonté, ici, comme une liberté totale, une expression parfaite du caprice
et de la fantaisie. En principe on a voulu tout ce à quoi l'on consent. -
l'exécution : l'exécution peut être déléguée et aboutit
au résultat. Elle nous achemine vers le " juge de paix ". Il est clair qu'elle
revêt une grande importance dans le thème de la décision. L'exécution conduit
au résultat qui intervient comme " juge de paix ". C'est lui qui permet de dire
si la décision fut bonne ou pas. Toute décision se prend au présent. C'est
pour cela qu'elle est difficile à prendre. Souvent, nous nous référons au passé
non pour en tirer profit mais pour nous rappeler que ce que nous voulons faire,
a déjà été tenté. Donc pourquoi le refaire, ou bien nous hypothéquons notre à-venir,
-conséquence de la décision-, de si. Nous voulons être en sûr de ne pas nous tromper.
Comme nous ne le serons jamais, ne prenons pas de décision ! Histoire de ne pas
rester entre ciel et terre, identifions quelques typologies de mauvais
décideurs. Avant
de devenir un bon décideur, on s'attachera donc déjà à n'en être point un mauvais. le
paresseux l'orgueilleux l'impatient
l'indécis l'ignorant
le ringard le confus le
binaire Une
décision n'est pas une fin en soi. C'est un moyen parmi d'autres. Mais elle a
des conséquences prévisibles ou imprévisibles. D'où l'importance de bien parer
les tenant et les aboutissants avant de prendre une décision. Ces portraits exprimés
ne sont là que pour nous alerter sur nos comportements qui sont tour à tour orgueilleux,
paresseux, etc… Alerter nous pouvons, peut-être, mieux nous diriger, réfléchir,
décider. Denis
Delobre, s.j . |