IGNACE DE LOYOLA,
le résistant

L'histoire d'Ignace de Loyola est celle de ses deux premiers amours successifs, le monde puis Dieu. Il les a crus d'abord irréconciliables, pour finir par les accueillir dans son cœur comme des alliés inséparables.

1491 - Il entre dans sa vie avec le crépuscule du Moyen Age. Il la commence en se trompant de monde. Outre la foi, ses parents lui ont appris l'estime de ce monde en déclin où se sont construit leur honneur et leur bonheur. Ignace part sur les chemins battus du passé. Au plus vite, il veut être un célèbre chevalier. L'adolescent à la beauté insolente et charmeuse coule la vie de château, s'intéresse aux " donzelles ", s'exerce aux tournois. Il chérit son épée, le futur outil de sa gloire. Mais elle devient vite dérisoire au moment où il n'a qu'elle pour défendre à Pampelune la citadelle du passe contre les canons français.

Blessé, jambes rompues, aux portes de la mort, qu'à cela ne tienne : relever le défi. Tout faire pour restaurer les charmes de son corps. Puis l'interminable convalescence dans le château familial où n'existe qu'un seul livre, " la vie de Jésus et des saints ". Il aurait bien préféré un roman de chevalerie. Qu'importe ! Il en commence un dans sa tête. Il sculpte les nuages du rêve. Il bâtit des châteaux en Espagne. Il monte des coups, surtout le coup qui lui vaudra de devenir le mari fascinant d'une certaine princesse. Mais fatigué de rocambolesque, il ouvre " la vie de Jésus et des saints " sans soupçonner qu'il entre ainsi dans une guerre plus terrible et plus longue que l'après-midi de Pampelune. La citadelle qui résiste maintenant c'est son propre cœur, encore confisqué par la gloire du monde. Il découvre l'histoire de Jésus et des saints. Surpris, il apprend aussi que c'est une histoire d'amour. Cette histoire d'amour le conduira vers le service d'un autre toi : Dieu. Ainsi tout ce qu'est Ignace de Loyola va se convertir au service de Dieu seul dans le monde qui est le sien. Le monde et Dieu deviennent conciliables.

Une expérience de conversion au double sens du terme. D'une part une découverte nouvelle de Dieu(parlons alors de conversion spirituelle et morale) et d'autre part un changement dans sa manière d'appréhender l'existence. Bref, un changement de direction au cours de sa marche.
Revoyant sa vie passée, Ignace commence à prendre une voie nouvelle. A l'époque, le monde était au pèlerinage et plus particulièrement vers Jérusalem. Notre homme va devenir pèlerin : il troque ses vêtements de noble contre la bure du pèlerin.
Il fait route vers Jérusalem mais s'arrête près de 11 mois à Manrèse où il vivra l'expérience fondatrice de la suite de son existence : extravagance pour Dieu, crise de scrupules, tentation du suicide… il se laisse alors enseigner par Dieu et finira par voir toutes choses de manière nouvelle. Il continuera alors sa route vers Jérusalem, y arrivera. Mais ne pourra y rester.
De retour vers l'Europe, Ignace désapprend enfin ses rêves. Avec la certitude que Dieu est présent et travaille ce monde, il va chercher ses traces vivantes au cœur des hommes de son temps.
Il sera désormais habité par la question " Quid agendum " Que faire ?
Sa première décision sera : aller à l'école à 33 ans ! Partager l'audace de son temps, prendre l'outil de son époque non plus l'épée mais le savoir. Il sait que le Seigneur Dieu lui donne rendez-vous là où s'instruisent les hommes qui préparent le monde de demain.
Ignace est passé du Moyen-Age à son temps, et sa manière de faire ce passage a donné naissance à une spiritualité, une manière d'aller à Dieu et d'être du monde, et à une pédagogie. Nous en vivons encore aujourd'hui.
Une tradition qui donne naissance à une pédagogie.
Ignace à une vision du monde qui le lui fait aimer. Pour lui, rien ne se vit hors du monde. Le monde est le lieu où l'homme puise ses richesses, où l'homme est appelé à poursuivre l'œuvre de création.

A partir de là, la pédagogie ignatienne se soucie de la formation totale d'un individu et dans le monde qui est le sien. Son objectif est d'aider au développement le plus complet possible de tous les talents donnés à chaque personne.
La pédagogie ignatienne est une pédagogie de réussite. Elle inclut une relecture du vécu qui permet de prendre en compte sa propre expérience et d'en tirer profit. Cette réflexion sur les expériences personnelles est le point central de cette pédagogie. Chacun est ainsi conduit à accepter ses dons et à les développer, mais à accepter aussi ses limites et à les dépasser autant que possible.

Ignace un homme pour notre temps. Ignace est un homme de désir - c'est celui qui fait de lui un homme moderne. Il est l'homme du sujet. C'est le destin du sujet qui l'intéresse. Chacun mérite une attention particulière. C'est son génie d'avoir senti cela.

C'est parce qu'il a perçu l'importance de la culture qui naissait qu'il a ouvert le savoir aux enfants, aux jeunes en créant les collèges.

Ignace va mettre par écrit la manière de marcher, de rechercher la volonté de Dieu : ce sont les Exercices Spirituels. Il balise ce sentier de grande randonnée, indique les étapes, les passages et les conditions pour que " ça passe ". Son originalité a été de dire : l'homme ne trouve pas Dieu seulement dans la prière. Il le trouve aussi dans l'action, dans le service des hommes. Autrement dit, une action peut valoir une prière et exiger la même abnégation.

Tout ce que nous apprend Ignace paraît spécialement adapté à notre époque, parce que nous vivons de grands changements culturels, sans aussi importants que ceux d'Ignace a connus, parce que notre société, où tout se vaut, où tout est aplati, requiert des outils pour un discernement.

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